
Comment mesurer le jeu axial d’un moteur
- benoit-dansereau
- 24 août
- 5 min de lecture
Un moteur qui se déplace axialement de quelques millièmes de pouce n’est pas forcément en défaut. Un déplacement trop grand, une variation soudaine ou une mesure incohérente peut toutefois annoncer l’usure d’un roulement, un problème de retenue du rotor ou une contrainte mécanique externe. Savoir comment mesurer le jeu axial moteur permet de distinguer un fonctionnement normal d’une condition susceptible de provoquer des vibrations, un contact rotor-stator ou un arrêt non planifié.
La mesure doit toujours être comparée à une valeur de référence fiable : la tolérance du fabricant, une mesure historique prise sur le même moteur ou les critères applicables à l’ensemble motoréducteur, pompe ou ventilateur. Le chiffre seul ne suffit pas. Son évolution et le contexte d’exploitation déterminent la priorité d’intervention.
Ce que mesure réellement le jeu axial d’un moteur
Le jeu axial, aussi appelé déplacement axial ou end play, correspond au mouvement longitudinal possible de l’arbre et du rotor entre deux positions opposées. Il ne faut pas le confondre avec le jeu interne d’un roulement. Le premier est une mesure accessible à l’extrémité de l’arbre; le second dépend de la conception, de l’ajustement et de l’état des éléments roulants à l’intérieur du roulement.
Sur certains moteurs, un léger déplacement axial est prévu dès la conception. Les roulements permettent alors au rotor de se positionner sans créer de précharge excessive lorsque l’arbre se dilate sous l’effet de la température. Sur d’autres équipements, notamment ceux équipés de roulements à contact oblique, de butées ou de systèmes de retenue spécifiques, le mouvement axial permis est beaucoup plus faible.
Une mesure hors norme peut provenir d’un roulement usé, d’une bague de retenue déplacée, d’un épaulement d’arbre endommagé ou d’un couvercle de palier mal positionné. Sur une machine entraînée, la poussée hydraulique d’une pompe, la tension d’une courroie ou un accouplement contraint peut aussi modifier la position axiale du rotor. C’est pourquoi la lecture doit être interprétée avec la configuration mécanique complète en tête.
Préparer la mesure sans créer de risque
La méthode la plus fiable repose sur un comparateur à cadran ou numérique fixé à une base magnétique rigide. Sa résolution doit être adaptée à la tolérance recherchée. Pour la plupart des applications industrielles, une graduation de 0,001 po ou de 0,01 mm est appropriée, à condition que le montage soit stable.
Avant de toucher à l’équipement, appliquez la procédure de cadenassage et de vérification d’absence d’énergie. Coupez et verrouillez l’alimentation électrique, immobilisez les sources d’énergie mécanique et assurez-vous que l’équipement entraîné ne peut pas tourner ou transmettre une charge inattendue. Une pompe verticale, un ventilateur à inertie élevée ou une machine soumise à une poussée résiduelle demande des précautions supplémentaires.
Le moteur doit idéalement être à l’arrêt, refroidi et dans une condition représentative de son assemblage normal. Si l’accouplement doit être désaccouplé pour isoler le moteur, documentez-le. Cette étape peut éliminer une poussée externe et révéler le jeu propre au moteur, mais elle ne représente plus nécessairement le comportement de l’ensemble en service.
Nettoyez la surface où reposera la touche du comparateur. Une extrémité d’arbre rouillée, une rainure de clavette utilisée comme point de contact ou une surface marquée fausse rapidement la lecture. Retirez la clavette seulement si la procédure de travail le permet et si cela ne compromet pas la sécurité ou le remontage.
Comment mesurer le jeu axial moteur au comparateur
Fixez la base magnétique sur une partie rigide du bâti du moteur, jamais sur un protecteur, une tôle mince ou un élément susceptible de bouger. Orientez la touche du comparateur dans l’axe de l’arbre, contre une face propre et perpendiculaire : l’extrémité de l’arbre est généralement le meilleur point. Si elle n’est pas accessible, une surface appropriée sur le moyeu d’accouplement peut convenir, à condition qu’elle fasse corps avec l’arbre.
Appliquez une légère précharge au comparateur, puis placez l’aiguille à zéro. Déplacez ensuite l’arbre doucement dans une direction axiale jusqu’à sa butée normale. La force doit être progressive. Il ne s’agit pas de frapper l’arbre, de faire levier sur les flasques ni de transmettre une charge qui pourrait endommager le roulement ou déplacer l’équipement.
Revenez dans l’autre direction jusqu’à la seconde butée et relevez le déplacement total. Répétez la manœuvre au moins trois fois. Des résultats similaires confirment que le montage de mesure est rigide et que l’opérateur atteint les mêmes positions de fin de course. Si les valeurs changent d’un essai à l’autre, vérifiez d’abord la base magnétique, l’orientation de la touche, le point de contact et toute liberté dans l’accouplement.
Consignez la lecture avec les informations qui lui donnent un sens : identification du moteur, côté entraînement ou opposé entraînement, température approximative, état accouplé ou désaccouplé, valeur maximale observée et sens de la poussée. Une mesure de 0,020 po, par exemple, ne peut pas être jugée correctement sans connaître le modèle du moteur et la valeur attendue par le fabricant.
Cas des moteurs verticaux et des ensembles accouplés
Un moteur vertical exige une attention particulière, car le poids du rotor et la poussée de la machine entraînée influencent directement la position axiale. Il peut être nécessaire de prendre une lecture dans les deux directions avec une méthode de levage ou de poussée contrôlée. La procédure du fabricant doit alors prévaloir.
Sur un moteur accouplé à une pompe ou à une boîte d’engrenages, ne forcez jamais l’arbre contre la poussée de l’équipement entraîné sans avoir évalué la configuration. Un accouplement rigide, une entretoise mal réglée ou une pompe soumise à une charge axiale peut masquer le jeu réel ou imposer une contrainte anormale aux roulements.
Interpréter la lecture : la tendance compte autant que la valeur
La fiche technique du fabricant reste la référence principale. Les tolérances varient selon la puissance, le type de roulement, le montage horizontal ou vertical et la conception du rotor. Il n’existe pas une valeur universelle de jeu axial acceptable pour tous les moteurs.
Une lecture supérieure à la recommandation, surtout si elle augmente depuis la dernière inspection, justifie une investigation. Cherchez des indices complémentaires : bruit de roulement, hausse de température aux paliers, vibration axiale élevée, composantes anormales dans le spectre de vibration, graisse contaminée, traces de frottement ou mouvement visible de l’arbre pendant les transitoires de démarrage et d’arrêt.
Un jeu axial presque nul n’est pas automatiquement rassurant. Il peut indiquer une précharge excessive, un roulement grippé, un mauvais positionnement du palier ou une contrainte exercée par l’accouplement. Cette condition peut générer de la chaleur, accélérer la fatigue des roulements et limiter la capacité de l’ensemble à absorber la dilatation thermique.
La vibration aide à qualifier le risque, sans remplacer la mesure mécanique. Une augmentation de vibration dans l’axe, combinée à des harmoniques liées à la vitesse de rotation ou à des signatures de défaut de roulement, renforce l’hypothèse d’un problème de retenue ou de palier. La thermographie peut aussi révéler un échauffement anormal au niveau d’un roulement sollicité axialement.
Quand planifier une correction
Une seule mesure élevée sur un moteur non critique peut mener à une surveillance rapprochée si la valeur demeure stable, si le fabricant l’autorise et si les autres indicateurs sont normaux. À l’inverse, une augmentation rapide sur un moteur de production critique demande une planification immédiate, même avant l’apparition de vibrations sévères.
La correction peut aller d’un réalignement et d’une vérification de l’accouplement au remplacement des roulements et à l’inspection des épaulements, bagues de retenue et flasques. Remplacer un roulement sans identifier la cause de la poussée axiale ou du mauvais positionnement risque simplement de déplacer le problème vers le prochain arrêt.
Pour les actifs critiques, intégrez le jeu axial aux inspections périodiques et associez-le aux données de vibration, de température et d’historique de réparations. MPI Maintenance privilégie cette lecture croisée sur le terrain : elle permet de prioriser la bonne intervention avant qu’un mouvement axial anormal ne devienne un contact rotor-stator, une défaillance de roulement ou une interruption coûteuse.
La meilleure mesure est celle qui devient une référence exploitable. Documentée avec rigueur et comparée dans le temps, elle donne à l’équipe de maintenance un signal clair pour intervenir au bon moment, sans attendre que le moteur impose son propre échéancier.





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